« 14 ans plus tard, je suis toujours là »

Tout commence à Dorlisheim, en Alsace. Son frère découvre le cycle-balle. Elle a 9 ans, le suit au club, observe… et essaie. « C’est le premier sport qui m’a vraiment plu. Il y avait un vrai challenge, et je voulais me battre pour ne plus être dans les dernières. »

Les entraînements s’enchaînent. Deux à quatre heures par semaine. La progression est constante. Elle entre en équipe de France, enchaîne les compétitions internationales. Aujourd’hui, Alexane est classée provisoirement 8ᵉ mondiale en individuel, vice-championne de France 2024, et s’apprête à rouler à la Coupe du Monde à Puteaux, en France.
« Quand j’étais petite, je n’imaginais même pas intégrer l’équipe de France un jour. Alors le top 10 mondial... C’est fou. »
Une peluche, de la musique… et des roues propres
« Ce n’est pas la peur de mal rouler qui me stresse, mais la peur de me blesser. » Alors, elle a ses rituels. Pinky, son petit cochon rose en peluche, ne la quitte jamais.

Avant chaque passage, elle écoute de la musique : « Calme ou dynamique, selon mon humeur. J’ai besoin de me mettre dans ma bulle. » Et surtout, elle nettoie systématiquement ses roues et ses pédales. « Je ne supporte pas que quelqu’un touche mon vélo avant une compétition. »
La force d’un quadrille

Si Alexane brille en individuel, elle retrouve aussi le plaisir de rouler à quatre. À Puteaux, elle participera au quadrille avec Valentine Rieb, Justine Martz et Thérèse Rietsch, en remplacement d’Alice Rieb, blessée.

« Ce n’est pas naturel pour moi de me concentrer sur les autres, mais j’adore le faire. On doit être en parfaite synchronisation. » Une dynamique rassurante s’installe : « Valentine, c’est un peu la cheffe. Elle donne les tops, regarde partout, gère les imprévus. »
Puteaux, une étape symbolique

« C’est à Puteaux que j’ai été sacrée championne de France minime. Revenir ici pour une Coupe du Monde, ça a du sens. » Pour Alexane, cette étape est particulière. Chargée de souvenirs. Émotive, aussi.
« Ce sera sans doute ma dernière compétition internationale. Je veux faire un programme propre, sans chute. Mais surtout, je veux en profiter. Vraiment. »

Devant un public français, face à ses proches, elle espère aussi que cette Coupe du Monde aidera à faire connaître le cyclisme artistique : « C’est une discipline spectaculaire. Il faut que les gens voient ça au moins une fois dans leur vie. »
D’une piste à l’autre : la scène du Cirque du Soleil
Tout a changé un jour de 2023, grâce à une annonce Instagram. Alexane tente un casting pour le Cirque du Soleil. Elle envoie ses vidéos, une séquence d’acting, sans trop y croire. Quatre jours plus tard, elle est rappelée. Elle devient Isabella, personnage du spectacle ’Twas the Night Before. Elle s’entraîne à Montréal, part en tournée aux États-Unis.

« Sur scène, j’ai dû tout désapprendre. En compétition, on cherche la perfection. Sur scène, c’est l’émotion qu’on transmet. » Ce passage transforme son rapport à la compétition : « Avant, je ne souriais jamais sur la piste. Aujourd’hui, même si ça ne compte pas dans les points, je souris. J’essaye de transmettre quelque chose. »

Devenir pleinement artiste
Alexane le dit clairement : « Je me sens plus artiste que compétitrice maintenant. »

En 2026, elle arrêtera la compétition. Elle travaille déjà sur un numéro personnel, loin des figures imposées. « Je veux raconter quelque chose. Me représenter. Pas juste performer. » Son rêve : vivre du cyclisme artistique en tant qu’artiste, voyager, créer, transmettre.
Propos recueillis par CSM Puteaux Cyclisme — JF