Une aventure née à Dorlisheim
Il y a quelques années, le quadrille avait disparu des pistes françaises. Aujourd’hui, il renaît grâce à l’engagement d’un homme : Jean-Philippe Martz et de sportives motivées.

Depuis le VCE Dorlisheim, il a reconstruit une aventure collective rare, faite de passion, de rigueur et de relations humaines fortes. Entraîneur de l’équipe de France du quadrille, il mènera l'équipe Élite à la Coupe du monde 2025, en terrain presque familier… à Puteaux.
« Je voulais juste aider… »
La première fois que Jean-Philippe entre dans une salle de cyclisme artistique, ce n’est pas pour entraîner. C’est pour venir chercher sa fille, Justine. Ce jour-là, l’entraîneure du club lance à voix haute : « Justine, il y a ton grand-père qui vient te chercher ! » Il encaisse. Et revient. Encore. Et encore.

Il ne connaît rien à ce sport. Il n’a jamais été entraîneur de cyclisme artistique (même s’il a entraîné au handball). Il voulait juste donner un coup de main. Aider. Ranger. Encourager. « Au début, je regardais de loin. Et puis, peu à peu, je me suis laissé prendre. »

Pris par la beauté du sport. Par l’exigence. Par la concentration. Mais surtout, par l’énergie des jeunes qu’il voit évoluer. Peu à peu, il s’engage… et sans s’en rendre compte, il bascule.
Une discipline oubliée, un défi immense
Pendant des années, le quadrille a disparu des pistes françaises. Parce que cette discipline exige un encadrement spécifique, des jeunes du même niveau, une grande rigueur. Peu de clubs pouvaient réunir toutes ces conditions.

Sans entraîneurs formés, sans projets en club, la pratique s’est éteinte en silence. Pendant presque deux décennies, la France n’a plus présenté une seule équipe dans cette catégorie.
La relance, entre intuition et rencontres
Tout change lors d’un championnat du monde à Stuttgart. Jean-Philippe est en tribunes, avec sa femme Anne. Morgane Lebeau, alors athlète française, glisse à son épouse : « Pourquoi vous ne relanceriez pas un quadrille ? Vous avez les jeunes pour. »
Avec William Senez, un autre parent, il se lance. Aucun des deux n’a jamais entraîné. Personne ne connaît vraiment les règles. Alors ils apprennent. Ensemble.
Grâce à l’association Indoor Cycling World Wide (ICWW), Jean-Philippe échange avec des entraîneurs suisses et allemands, dont Patricia Kottmann, Eliana Thalmann et l’Allemand Stefan Born. Il observe, questionne, prend des notes, s’inspire.
Un quadrille junior voit le jour, avec Yanis, Justine, Juliette et Manon.

Puis une équipe Élite voit le jour un an après. Ce groupe est né suite au stage de Puteaux en 2022, où des exercices de quadrille ont été proposés et ont séduit les sportives présentes.

Et après dix-sept ans d’absence, la France revient dans cette discipline exigeante.
Deux équipes, deux énergies… un même cœur
Aujourd’hui, Jean-Philippe entraîne à la fois les juniors et l’élite du quadrille. Deux groupes qu’il a accompagnés dès leur création, en 2021 puis en 2022. Deux rythmes, deux styles… mais une même ambition : faire rouler ensemble quatre individualités.

« Ce n’est pas de l’individuel à quatre. C’est une autre école. Il faut penser pour les autres. Accepter leurs erreurs, leurs baisses de forme. Apprendre à parler sur le vélo. À faire équipe. »

Les résultats ne se font pas attendre : Trois médailles de bronze aux championnats d’Europe juniors. Deux quatrièmes places mondiales en élite. Et tout cela… en moins de quatre ans.


Mais Jean-Philippe reste lucide : « Il y a un fossé entre nous et les meilleures nations comme la Suisse ou l’Allemagne. Là-bas, les athlètes ne font que ça. En France, on jongle entre l’indiv, le duo et le quadri. Ce n’est pas la même école. »
Le poids du maillot bleu-blanc-rouge
Quand il est officiellement nommé entraîneur de l’équipe de France du quadrille, Jean-Philippe reçoit sa tenue tricolore. Ce n’est pas un détail. C’est un symbole.

« Quand on m’a donné tout l’équipement France, moi, ça m’a fait quelque chose. J’avais les larmes aux yeux. Pour moi, ça représentait énormément. »

Lui qui n’était qu’un papa volontaire devient coach national. Ambassadeur d’un sport découvert sur le tard. Et pilier d’un projet collectif qu’il a contribué à reconstruire.
Une aventure profondément humaine
S’il est entraîneur du quadrille, Jean-Philippe est surtout un homme de lien. Il ne parle jamais de points sans parler de progression. Jamais d’entraînement sans penser à la cohésion. Jamais d’une figure sans évoquer celles qui la travaillent, la répètent, la portent ensemble.

« C’est un projet d’équipe. Et cette équipe-là, c’est elles. Toutes. Celles qui brillent en compétition. Celles qui remplacent. Celles qui progressent. Celles qui doutent. »
Et parfois, il offre un symbole : un collier avec un petit vélo à chacune de ses athlètes. Un geste discret, mais fort. Comme pour dire : vous êtes plus que des sportives. Vous formez une équipe. Une histoire. Une force.

Justine… et toutes les autres
Oui, Justine est sa fille. Et elle roule dans les deux quadrilles.

« Je suis souvent plus exigeant avec elle qu’avec les autres. Je fais attention à ne jamais mélanger les choses. Ce qui est dit dans le cadre du sport reste dans le sport. »

Il veille à la traiter comme les autres, à ne créer aucun favoritisme. Même si, bien sûr, la fierté d’un père transparaît parfois, entre deux séances. Mais ce qui compte, pour lui, ce n’est pas une athlète. C’est le groupe entier.
Objectif Puteaux
Le 23 août 2025, l’équipe élite représentera la France à la Coupe du monde de cyclisme artistique… à Puteaux, en région parisienne, presque à domicile.
Ce sera une nouvelle composition, avec Alexane qui remplace Alice, blessée. Valentine (capitaine), Justine, Thérèse et Alexane formeront le quatuor tricolore.

« La dernière fois, on a battu notre record. Là, on veut faire mieux. C’est en France à Puteaux, c’est chez Valentine notre capitaine. On veut faire honneur au maillot. »
Une fierté simple et sincère
Jean-Philippe n’aime pas les projecteurs. Mais il ne cache pas ce que tout cela représente.
« Je suis fier. Fier des filles. Fier de l’équipe. Fier de l’aventure. Je ne pensais pas que ça irait si loin. C’est une histoire magnifique. »

Propos recueillis par le CSM Puteaux Cyclisme — JF